Londres, 7 h du matin. Comme chaque jour, Sherlock tourne en rond dans son appartement. Son cerveau est en ébullition, il doit résoudre une enquête un peu spéciale. Forcément, les dossiers de ce genre, c’est toujours pour sa pomme….

La scène du crime ? Un laboratoire d’aromathérapie a été dévalisé. Il est certain que c’est le gang des sniffeurs de lavande qui a fait le coup. …

Des huiles essentielles ont été volées, les meilleures du marché. Leur qualité est tellement réputée que tout le monde se les arrache.

Dr Watson s’inquiète :

« Comment va-t-on faire pour les retrouver ? Ce n’est pas une mince affaire ! Dans ce domaine, il existe tellement de contrefaçons vendues par les gros mafiosi qui surfent sur la vague du naturel. Il va falloir être méthodique….

– Mais enfin c’est élémentaire mon cher Watson ! Il existe plusieurs indices à rassembler.
Avec un peu de pratique et d’observation, même nos lecteurs les plus débutants seront capables de déjouer les pièges du marketing et de différencier une véritable huile essentielle bio d’une contrefaçon.

– Mais alors, comment on fait ??!!!! » S’exclame Dr Watson.

Sherlock impassible mâchouille sa pipe, s’empare d’un grand tableau et commence à lister…

1. Interroger les témoins

« Bonjour, je suis le label biologique. Je viens pour témoigner, et je certifie sur l’honneur que cette huile essentielle a respecté la charte de qualité !»

Si ton huile essentielle possède un label AB ou COSMEBIO, c’est déjà bon signe. Le label biologique garanti un mode de culture issu de l’agriculture biologique, sans OGM, pesticide ou engrais chimique de synthèse. Il constitue donc un gage de haute qualité pour le consommateur.

LE SAIS-TU ? La plupart des plantes utilisées pour l’aromathérapie en Europe sont cultivées de manière conventionnelle et vendues à bas coût. Des centaines de pesticides sont employés au cours de leur production. Certains sont entraînés par la vapeur d’eau lors du processus de distillation et se retrouvent…. Dans tes flacons !

Tu peux trouver 3 types de labels biologiques sur les flacons d’huile essentielle.

Le Label AB

Ce label français, créé en 1985, garantit le respect d’un cahier des charges précis réservé aux produits alimentaires. Concernant les huiles essentielles, seules celles qui peuvent être ingérées sont concernées par le petit logo vert.

Le Label Eurofeuille

Ce label européen créée en 2010 garanti les mêmes modes de production que le label AB, mais s’applique à l’ensemble des pays de l’union. Les producteurs ressortissants de pays membres se doivent donc de suivre le même cahier des charges pour obtenir le label. Les logos AB et Eurofeuille sont souvent présentés ensemble sur les flacons des huiles essentielles d’origine française.

Le Label Cosmébio

Crée en janvier 2017 par l’association Cosmébio et quatre autres membres, le label européen « Cosmos organic » s’applique uniquement aux huiles essentielles non-ingérables et donc considérées comme produits cosmétiques. Il garanti l’application des mêmes exigences cosmétiques d’un pays à l’autre. Les critères de validation se rapprochent fortement de celle du logo AB, mais exclusivement appliqués aux cosmétiques bios. Il garanti :

  • 95 % minimum d’ingrédients naturels ou d’origine naturelle ;
  • 95 % minimum des ingrédients « pouvant être bio » devant être issus de l’agriculture biologique ;
  • Au moins 20 % du total des ingrédients issus de l’agriculture biologique ;
  • 100 % des ingrédients utilisés biodégradables.

Ton flacon ne porte aucun de ces logos ? Passe ton chemin….

2. Analyser le rapport du labo

Avant toute mise sur le marché, une huile essentielle doit obligatoirement avoir été soumise à un contrôle qualité en laboratoire d’analyses.

Plusieurs critères sont évalués : les caractéristiques organoleptiques (odeur, couleur, texture…), les caractéristiques physico-chimiques et la composition biochimique par chromatographie.

LE SAIS-TU ? Les huiles essentielles sont des principes actifs issus du métabolisme d’organismes vivants. Leur composition est donc susceptible de varier suivant les conditions climatiques, biogéographiques et de cultures supportées par la plante, la période de récolte… Cette caractéristique est à l’origine du « chémotype » de certaines huiles essentielles.

L’analyse chromatographique représente donc l’étape la plus importante du contrôle qualité. Elle permet de déterminer la teneur et la quantité exacte des molécules présentes dans ton flacon.

Exemple d’analyse chromatographique d’une HE de Menthe Source : https://www.masterchimie1.u-psud.fr/Chromatoweb/AnalyseGC.html

La constitution biochimique de l’huile essentielle doit être mise à disposition soit sur le site d’achat, soit sur demande. La transmission de ces informations constitue un gage de sérieux et de transparence de la part du fournisseur.

Si le vendeur n’est pas en mesure de te les fournir, alors fais preuve de prudence.

3. Scruter les indices à la loupe

L’étiquette de ton flacon doit renseigner plusieurs mentions obligatoires et te permettre d’être certain(e) de la qualité et de la traçabilité du produit.

La mention « Huile essentielle »

Oui, cela paraît évident. Et pourtant… Il s’agit surtout de ne pas confondre huile essentielle, parfum, extrait aromatique, arôme, essence, huile de vidange… Les flacons se ressemblent, mais n’ont pas le même usage !

La mention 100 % pure et naturelle

Cette mention garantit que ton huile essentielle n’a pas été diluée ou mélangée à une autre (100 % pure) et qu’aucun produit de synthèse n’y a été rajoutée (100 % naturelle).

Ton flacon ne le précise pas ? Méfiance ! Vérifie si une liste d’ingrédients est précisée (Nomenclature INCI). Dans ce cas, ce n’est PAS une véritable huile essentielle !

Le nom scientifique de la plante distillée

Non, non et NON ! Les termes Lavande, Thym, Sauge NE SONT PAS DES NOMS DE PLANTES !!! (NONDIDIOU !). Ce sont des noms de genre. Les vrais noms d’espèce sont indiqués suivant la nomenclature de Linné, admis par la graaaande communauté scientifique internationale (rien que ça…).

Elle se présente de cette façon :  Genre espèce.

Donc tu dois avoir des huiles essentielles de Lavandula angustifolia, Thymus vulgaris, Salvia officinalis (et en italique silvouplé !)…

À ne pas confondre avec Lavandula stoechas, Thymus serpyllum, Salvia divinorum par exemple (Tu crois que je ne t’ai pas vu venir avec la Salvia psychotrope ? Petit malin va…).

La partie distillée de la plante

Pour une même espèce botanique, il est possible de n’extraire que les molécules aromatiques présentes dans l’écorce, le fruit, la feuille, la fleur ou encore la racine… Les huiles essentielles obtenues peuvent ainsi s’avérer totalement différentes avec des propriétés thérapeutiques propres à chacune.

L’Oranger bigarade est ainsi capable de fournir trois huiles essentielles différentes :

  • L’HE de néroli (distillation des fleurs) ;
  • L’HE de Petit grain bigarade (distillation des feuilles) ;
  • L’HE d’orange amère (extraction de l’essence contenue dans le zeste du fruit par pression mécanique à froid).

L’origine géographique du produit

L’origine géographique (à minima le pays) de la plante extraite permet d’assurer la traçabilité du produit. Elle donne également des informations sur l’origine biogéographique de la plante (indicatrice du chémotype pour les huiles essentielles chémotypées) et sur les conditions de production.

Par exemple, la qualité d’une huile essentielle de Lavande officinale d’origine bulgare sera certainement très différente d’une huile essentielle de Lavande officinale française, avec souvent des conditions de production et de récole parfois très controversées sur le plan humain et écologique.

Le chémotype de la plante, s’il y en a un

Une plante est un être vivant capable de synthétiser une multitude de molécules complexes nécessaires à son développement et sa survie. Et qui dit être vivant dit « organisme capable de s’adapter aux variations de son environnement ».

Cela signifie donc qu’une même plante est capable de varier la composition chimique de son huile essentielle pour s’adapter à ses conditions de vie dépendantes :

  • du secteur géographique ;
  • du climat ;
  • de l’ensoleillement ;
  • de la nature du sol ;
  • de la pluviométrie ;
  • de l’altitude ;
  • du mode de culture ;
  • de la période de l’année.

C’est simplement une question de survie !

Le Thym vulgaire en est le parfait exemple, puisqu’il est capable de synthétiser pas moins 7 chémotypes différents !

Les molécules présentes dans chacun des chémotypes sont les même, mais réparties en proportions variables. Si tu as bien suivi, cela signifie qu’une huile essentielle de Thym à linalol possède des propriétés qui seront différentes d’une huile essentielle de Thym à thymol.

Elles ne seront donc pas utilisées pour le même usage thérapeutique, et présentent des risques de toxicité différents. Donc renseigne-toi bien et ne te trompe pas de chémotype lors de ton achat !

Le mode de culture de la plante

Il doit préciser si la plante a été cultivée en agriculture bio, en agriculture conventionnelle ou bien issue d’une récolte sauvage. Je ne suis pas vraiment favorable à la récolte sauvage principalement en raison de l’impact environnemental généré par la cueillette de masse encore pratiquée aujourd’hui, entraînant le pillage des ressources naturelles menant à la raréfaction de de certaines espèces végétales.

Le procédé d’extraction

Pour les huiles essentielles classiques, tu dois absolument retrouver la mention « extraction par entraînement à la vapeur d’eau ». Pour les huiles essentielles d’agrume, ce sera la mention « expression mécanique à froid ».

Le volume et le numéro du lot

Là c’est simple. Flacon de 10 mL, n° de Lot : OGTCXPTDR (par exemple, obligatoire pour la traçabilité) .

Le nom du laboratoire extracteur

Seulement dans le cas où l’huile essentielle n’ai pas été reconditionnée.

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LE SAIS-TU ? Il existe d’autres labels garants de la qualité de votre huile essentielle. Ce sont des labels non officiels portés par des organismes privés qui peuvent cependant apporter de précieuses indications complémentaires sur : le procédé d’extraction et le conditionnement (Nature & Progrès), la garantie botanique et biochimique de l’huile essentielle (labels HEBBD et HEBCT).[/info_box]

Voici pour récapituler deux exemples d’étiquettes qu’il est possible de trouver dans le commerce. Saurai-tu reconnaître la bonne et la mauvaise élève ?

     

4. Choisir les bons fournisseurs

« Bon c’est très bien tout ça ! Mais maintenant, comment fait-on pour trouver cette perle rare ? s’exclame le Dr Watson très enthousiaste.

– C’est très simple en vérité, il suffit juste de savoir où chercher. » répondit Sherlock avec un clin d’œil complice.

Privilégie les petits producteurs, les distilleries artisanales et les laboratoires spécialisés

Tant que tu le peux,  privilégie les petits producteurs bios et les distilleries artisanales. Tes achats contribueront au développement de la filière biologique des PPAM et à la défense d’une agriculture respectueuse de l’humain et des ressources naturelles sur le territoire national ainsi que dans les autres pays producteurs.

Je ne te ferai pas ici une liste récapitulative de toutes les bonnes adresses pour trouver des huiles essentielles de qualité.

En revanche, tu peux  consulter mon annuaire des fournisseurs de plantes et d’huiles essentielles disponible ici.

A ton tour de mener l’enquête ! 

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Pour aller plus loin  :
Syndicat des simples
La chromatographie pour les huiles essentielles
Les labels Pourquoi choisir une huile essentielle biologique ?
Médicinales en danger
Plantes médicinales : au secours des espèces en danger