Décoction, infusion, comment préparer une tisane maison

Haaaa ! Comme il est loin le temps de la petite infusion que je prenais au coin du feu chez ma mère-grand, en papotant de trucs et d’autres tout en profitant de ce moment familial privilégié… Ou de l’horrible pisse-mémé très amer et insipide qu’elle me faisait avaler lorsque j’avais un rhume ou un mal de gorge… Bouark.

Non mais t’as vraiment cru que t’allais pouvoir me faire avaler ça ? T’as vu ma tronche ?

Cela réveille-t-il en toi de beaux souvenirs nostalgiques d’enfance ?

La tisane, oui, la fameuse, l’intemporelle, la fatidique, que dis-je… l’incontournable tisane reste depuis des millénaires l’un des moyens les plus utilisés et les plus efficaces pour soigner nos maux grâce à la magie des plantes…

Nos anciens savaient tant de choses… Et bien que la connaissance scientifique n’ai pas réussi à expliquer l’action thérapeutique de chaque molécule contenue dans une plante (encore aujourd’hui, nous en sommes loin), tout partait du bon sens et d’un grand sens de l’observation.

Aujourd’hui, l’infusion revient à la mode et se décline de nombreuses façons, symbole d’un mode de vie sain et naturel. Du thé noir au thé blanc, de l’infusion “bonne nuit les petits loulous” à l’infusion “détoxifie ton organisme après les fêtes sans culpabiliser“, il y en a pour tous les goûts.

Faire infuser des plantes est un art que tout apprenti(e) herbaliste se doit absolument de connaître. Tu veux savoir comment on fait ? Suis-moi, je te révèle tout.

comment préparer et doser une tisane à base de plantes

De l’origine et des bienfaits de la tisane

L’usage des plantes médicinales pour soigner l’homme date de plusieurs millénaires. De nombreuses civilisations très anciennes avaient déjà compris l’intérêt d’utiliser les plantes pour se soigner : Mésopotamie, Egypte ancienne, Inde (avec l’Ayurvéda), Chine (avec la médecine chinoise), Pérou….

En Europe, la médecine par les plantes est connue depuis la Proto-histoire, pratiquée par les druides particulièrement érudits en la matière. Elle s’est ensuite étendue à l’Antiquité (grecs, romains), au Moyen-âge avec l’apparition des jardins de simples dans les monastères puis à la belle époque avec les cabinets d’apothicaires… et ce jusqu’à aujourd’hui.

Ils sont fous ces gaulois…

Les bienfaits de l’eau chaude sur le corps ne sont plus à démontrer. Dans la médecine chinoise par exemple, il est fortement conseillé de boire trois tasses d’eau chaude par jour (à température du corps, soit environ 37 – 40 degrés Celsius) pour garder la santé. L’absorption d’eau chaude faciliterait en effet la digestion, l’élimination des toxines et stimulerait le travail des organes dès le réveil.

L’infusion est ainsi considérée comme le plus vieux remède du monde.

Décoction, infusion ou macération de plantes : quelle méthode pour quel usage ?

Très simple à fabriquer, la tisane consiste tout simplement à extraire les nombreux principes actifs hydrosolubles de la plante ainsi que les substances aromatiques libérées par la cellule végétale grâce aux propriétés de l’eau chaude.

Sous cette forme, elle peut présenter plusieurs usages :

  • En boisson sous forme d’infusion, de bouillon ou de soupe ;
  • En cataplasme et en lotion (pour nettoyer ou cicatriser une plaie) ;
  • En friction (pour les cheveux) ;
  • En sirop (après adjonction de sucre) ;
  • En bain (bain de siège, bain de pieds) ;
  • En inhalation (voies respiratoires) ;
  • En gargarisme (maux de gorge)….

L’usage d’une infusion, d’une décoction ou d’une macération de plante ne se fait pas au hasard. Ces techniques vont dépendre principalement :

  • De la plante utilisée ;
  • De la partie de la plante dont on veut extraire les principes actifs.

L’infusion

L’infusion est surtout adaptée aux plantes aromatiques et aux parties de plantes fragiles nécessitant une température moyennement élevée. Elle permet d’extraire les substances susceptibles d’être dégradées par une chaleur trop intense ou prolongée.

Parties de plantes utilisées : Fleurs, sommités fleuries, feuilles, tiges et fruits à mucilage.

Metret les plantes dans l’eau froide, porter à ébullition. Stopper la chauffe puis laisser infuser entre 5 à 10 minutes suivant la plante utilisée (cf : livres spécialisés).

[info_box type=”alert_box”]Notons que pour le thé, l’infusion ne doit pas dépasser 5 minutes afin de limiter la diffusion des tanins à l’origine de l’amertume de la boisson.[/info_box]

La décoction

La décoction s’utilise dans des cas précis, lorsque les parties de plantes dont on veut extraire les principes actifs s’avèrent très dures ou ligneuses (telles que les racines, les écorces ou le bois d’aubier). Cette méthode prolonge l’action soutenue de la chaleur sur la plante de façon à casser la fibre de cellulose et à libérer les substances.

Parties de plantes utilisées : Racines, écorces, graines.

Mettre les plantes dans l’eau froide, porter à ébullition. Poursuivre l’ébullition durant 5 à 10 minutes suivant la plante utilisée.

La macération

Utilisée dans des cas très particuliers, la macération est le plus souvent utilisée dans le cas de plantes extrêmement fragiles ne supportant pas la chaleur (fleurs), ou pour la confection d’eaux florales, de macérats huileux ou hydro-glycérinés, d’alcoolats, de teintures, de vins médicinaux… La seule substance extractrice n’étant ici plus seulement de l’eau.

La macération peut également favoriser le ramollissement de certaines graines utilisées dans l’alimentation ou broyées en cataplasme (lin par exemple).

Mettre les plantes dans l’eau froide (ou le liquide extracteur), et laisser macérer plusieurs heures à plusieurs jours suivant la plante utilisée. En cas de macération dans l’eau froide, ne pas dépasser 10 h (risque de fermentation).

Le dosage et la posologie

D’ après de nombreux auteurs, le dosage des plantes s’exprime comme suit :

Pour un adulte :

  • Entre 25 et 50 g de plantes sèches pour 1 L d’eau (3 à 4 cuillères à soupe) ;
  • Entre 50 et 100 g de plantes fraîches pour 1 L d’eau.

Pour les enfants, on prépare les infusions ou décoctions comme pour les adultes que l’on diluera ensuite dans de l’eau :

  • De 1 à 3 ans : 1/6 de la dose adulte ;
  • De 3 à 7 ans : de ¼ à 1/3 de la dose adulte ;
  • De 7 à 12 ans : de 1/3 à ½ de la dose adulte ;
  • De 13 à 20 ans : 2/3 ou dose entière.

[info_box type=”alert_box”]Concernant les nourrissons, les enfants en très bas âge et les femmes enceintes : Toutes les plantes ne sont pas conseillées. Renseigne – toi  systématiquement auprès de ton médecin traitant, ou d’un phytothérapeute agréé.[/info_box]

Le dosage précis de chaque plante va dépendre de ses propriétés et de son champ d’action. Les nombreux ouvrages spécialisés sont relativement exhaustifs à ce sujet. Tu peux notamment te référer au livre « La phytothérapie » de Jean Valnet ainsi qu’aux autres références présentées en fin d’article.

De même la posologie va dépendre du problème à gérer.

En cas de phase aigüe (type infection ou douleur intense), il est conseillé de boire entre 2 et 3 tasses par jour,  durant un maximum de 7 jours consécutifs. Parfois, il est même préconisé de boire une tasse toutes heures à toute les 2 heures durant les premières 24 h. Pour une cure longue durée (cure saisonnière par exemple), boire 2 tasses par jour durant 7 jours consécutifs, stopper durant 7 jours, puis reprendre la boisson durant 7 jours, et ce jusqu’à 21 jours de cure.

 

Le matériel de la tisanière maison

Que choisir comme plante ? Quelle casserole utiliser ?

Tout d’abord, la plante

Choisis la TOUJOURS d’excellente qualité. Lors de l’achat, elle doit être :

  • En vrac (évitons le suremballage plastique… ZD power !!!! 😀 ) ;
  • Entière, sans partie abîmée ou nécrosée (les plantes en poudre sont plus difficiles à contrôler, perdent leurs qualités très rapidement et se conservent moins longtemps) ;
  • TOUJOURS d’origine biologique labellisée (sauf si elle provient de ton jardin ou de ta cueillette personnelle). Les résidus de pesticides peuvent se retrouver très facilement dilués dans l’eau, donc attention….

Tu peux te procurer tes plantes dans les herboristeries de renom, dans les magasins bio ou chez les tisanières comme Greenma, Happy plantes, les Tisanes d’Anaïs, les Simples de Charlotte…. A toi de choisir.

Le matériel d’infusion

Il existe plusieurs possibilité selon ta préférence :

  • Choisir une casserole en inox ou en fonte, inerte et sans perturbateur endocrinien ;
  • Pour une tisane individuelle, opter pour une pince à thé ou un infuseur en inox ou en verre à disposer dans une tasse (technique nécessitant de mettre l’eau chaude directement dans la tasse, méthode moins douce pour les plantes que la méthode suivante) ;
  • Opter pour un chinois ou une tisanière. Lors de la réalisation de l’ infusion, disposer les plantes dans une casserole en inox, mettre la quantité d’eau froide nécessaire, puis porter à ébullition. Couper le feu, puis verser le mélange dans le chinois (pour filtrer les résidus de plantes une fois l’infusion terminée) ou dans la tisanière (pour prolonger l’infusion).

Quelques exemples de plantes faciles à utiliser en infusion

Décoction, infusion, comment préparer une tisane maison

Thym vulgaire -> diarrhées, bronchites, rhumes, plaies, infections, maux de gorge

Verveine odorante -> indigestion, spasmes

Camomille romaine -> rhumatismes, plaies, migraines, insomnies, indigestion, ulcères, dépression, nettoyage du foie, fièvre, inappétence

Citronnier -> infections, fièvre, calculs biliaires et urinaires, ulcères, hypertension, maux de gorge, grippe

Menthe poivrée – > indigestion, coliques, fièvre, fatigue générale, aérophagie, migraines, règles douloureuses, vomissements

Mélisse -> indigestion, migraine, nervosité, spasmes, règles douloureuses, anémie, perte de mémoire, émotivité

Pour masquer le goût trop amer de certaines tisanes, vous pouvez adoucir le breuvage avec un peu de citron ou une cuillère à café de miel

Romarin -> digestion, fatigue, convalescence, ballonnements, migraines, infections respiratoires

 

 

 

Et toi, quelles sont tes plantes  préférées en infusion ?

Partage ta meilleure recette en commentaire ! 

 

 

Références bibliographiques 

« La Phytothérapie » – Dr Jean Valnet

« Tisanes et vieux remèdes » – Juliette Brabant-Hamonic

« Traité pratique de phytothérapie » – Dr Jean Michel Morel

« Secrets d’une herboriste » – Marie Antoinette Mulot

https://www.altheaprovence.com/blog/infuser/

https://www.altheaprovence.com/blog/reprenons-gout-aux-infusions/