La cueillette sauvage est un réel bonheur, lorsque nous partons, cheveux aux vents et panier à la main gambader dans les prés et les bois (attention aux tiques !)

Quelle plus grande satisfaction que d’aller glaner ses propres remèdes dans la nature ou dans son jardin médicinal, de fabriquer soi même ses propres tisanes pour l’année en étant au contact direct avec les éléments et le monde végétal ?

La cueillette sauvage est un des gestes les plus anciens de l’humanité, un instant d’enseignement profond directement puisé à la source. Partir glaner dans la nature, c’est un peu comme renouer avec nos origines et notre humanité, et se la jouer « sorcière des bois ou druide des temps modernes ». Bref, moi j’adore !

Attention, si toi aussi tu veux t’y mettre, il y a cependant plusieurs règles à respecter.

Et oui, la nature a ses propres codes, et il très facile de faire des erreurs, parfois pouvant être graves (empoisonnement). Il convient donc d’être particulièrement vigilant, de faire attention à ce que l’on ramasse, où et surtout comment, pour ne pas détruire cette ressource si précieuse.

Voici donc les 10 commandements de la cueillette sauvage, pour une cueillette en toute sécurité, durable et respectueuse de la nature.

1 – Bien équipé (e) tu seras

Avant toute escapade dans la nature, il te faudra un minimum d’équipement, que ce soit pour ta sécurité ou ta cueillette.

Dans ton sac à dos, tu pourras ainsi prévoir :

  • Une gourde remplie d’eau
  • Une casquette
  • Un manteau de pluie (en cas d’orage surtout en montagne. Oui ça m’est déjà arrivée de finir trempée comme une soupe) ;
  • Une petite trousse de secours, avec pansements, tire tique, sérum physiologique, désinfectant ;
  • De la crème solaire ;
  • Un téléphone chargé (si tu t’égares ou que tu te blesses) ;
  • Eventuellement une carte IGN (si tu pars la journée)
  • Un pique-nique !

Pour la cueillette tu devras également préparer :

  • Une serpette ou un couteau pliable bien aiguisé
  • Des sachets en papier kraft et/ ou un panier (surtout pas de plastique !)
  • Un livre d’identification portatif.

N’oublie pas non plus de partir avec des vraies bonnes chaussures de marche qui tiennent la cheville (oui oui même en plaine !). Pas la peine de te tordre la cheville dans un trou que tu n’aurais pas vu ! (oui ça aussi ça m’est arrivé…)

2 – Être sûr(e) de ton identification tu devras

De nombreuses plantes se ressemblent les unes les autres dans la nature, et le risque de se tromper est grand si tu n’es pas suffisamment averti(e).

L’idéal pour commencer c’est tout d’abord d’apprendre à reconnaître les plantes les plus courantes et les plus faciles, qui présentent peu de risque de confusion, comme les plantains (tous les plantains communs sont médicinaux et comestibles), l’ortie dïoique, l’ortie blanche, les violettes, les pâquerettes, ainsi que les arbres et arbustes médicinaux.

Un bon livre illustré pour débuter et une application mobile comme Plantnet pourront également te permettre de t’aider dans l’identification des plantes les plus communes.

Ensuite, il te faudra sortir, observer, pratiquer, sortir, observer, pratiquer, etc…

Pratiquer la botanique seul(e) lorsque l’on débute n’est pas toujours facile, alors profite des beaux jours pour t’inscrire à une sortie botanique organisée par une association locale. Les botanistes expérimentés pourront t’apprendre à identifier telle ou telle plante du premier coup d’œil, à repérer les critères infaillibles pour ne pas la confondre avec une plante toxique.

A chaque sortie, apprend à n’identifier que quelques plantes à la fois (une dizaine maximum), et à bien les retenir.

N’hésite pas également à partir te promener à plusieurs saisons différentes pour apprendre à reconnaître les plantes que tu sais reconnaître au moment de leur développement végétatif, de leur floraison ou de la formation des graines.

N’hésite pas non plus à utiliser tes 5 sens pour approfondir ta connaissance de la plante :

  • La vue : où vit cette plante, dans quels milieux, vit-elle seule ou en colonie, à l’ombre ou au soleil, est-ce un arbre, un arbuste, une herbacée, a-t-elle des fleurs, de quelle forme, de quelle couleur, quels sont ses critères visuels de reconnaissance ?
  • L’odorat : lorsque tu la froisses entre tes doigts, repère-tu une odeur particulière ?
  • Le toucher : est-ce que cette plante a des poils doux, ou piquants ? Est-ce que ses feuilles sont lisses, duveteuses ? L’écorce est-elle lisse ou rugueuse ?
  • Le goût (seulement pour les plantes comestibles !) : est-elle amère, sucrée, piquante, salée ?

3 – Un endroit non pollué tu trouveras

Ensuite, il te faudra choisir un endroit hors des sentiers battus et peu fréquenté. Inutile d’aller ramasser tes tisanes en bord de zone industrielle, d’autoroute, de décharge ou de champ bourré de pesticide !

Trouve un coin naturel, en évitant soigneusement les bords de chemin, les routes, les champs cultivés, les fossés pollués ou encore les lieux pâturés par des animaux domestiques.

Cela minimisera ainsi le risque que tes plantes contiennent des excréments, des métaux lourds, ou tout autres polluants peu ragoûtants.

4 – Les autorisations de cueillette tu auras

Une fois le terrain idéal trouvé, assure-toi que cela ne soit pas une propriété privée ! Ce serait dommage de se fâcher avec l’agriculteur du coin, ou pire, te retrouver face à un fusil !

Si le terrain est privé, n’hésites pas à aller demander la permission de cueillir auprès du propriétaire. S’il est d’accord, il se peut même qu’il te laisse revenir chaque année !

Si le terrain est public, vérifie que le secteur n’est pas un lieu protégé et interdit à la cueillette (Parc national, Parc régional, site Natura 2000, Espace naturel sensible, Réserve naturelle…). Pour cela, va jeter un coup d’œil sur les sites internet des parcs et réserves, ou sur géoportail pour visualiser les périmètres protégés.

Regarde s’il y a des panneaux d’interdiction sur place, et éventuellement, passe un petit coup de fil à la mairie 😉.

5 – Avec parcimonie tu cueilleras

De nombreuses stations de plantes (lieux où elles vivent et se reproduisent) sont fragilisées par l’impact de l’homme, que ce soit par l’urbanisation, les pesticides, le surpâturage, l’agriculture intensive, mais aussi par la pression de cueillette…

Les stations d’Arnica dans les Vosges par exemple ont été tellement cueillies qu’elles ont aujourd’hui du mal à se maintenir, et disparaissent peu à peu.

Si tu pars cueillir des plantes, assure-toi de faire très attention à ne pas tout cueillir au même endroit, afin que les plantes puissent continuer à se développer, même dans 10, 20 ou 30 ans.

Pour cela, il te faudra appliquer la règle des tiers :

  • pour la plante entière ou la racine, ne cueille qu’un pied sur trois ;
  • pour les sommités fleuries et les feuilles ne cueille qu’une fois sur trois ;
  • pour les fruits, ne les ramasse que sur un pied sur trois, etc…

De même, veille à toujours varier la taille des individus que tu vas ramasser : choisis-en des gros, des moyens, des plus petits. Si tu ne ramasses que des gros pieds chaque année, ceux-ci vont finir par disparaître et seuls les individus de petite taille resteront dans des décennies. C’est que l’on nomme « la sélection génétique ».

Cueillir des individus différents d’une même espèce botanique va permettre de protéger la diversité génétique des plantes, et aider les populations végétales à s’adapter et à survivre aux changements futurs de leur environnement.

Avec cette méthode tu auras également une plus grande diversité de molécules actives dans ta tasse de tisane ! En effet chaque plante d’une même espèce ne va pas sécréter la même proportion de molécules : cela va dépendre de son patrimoine génétique et de son environnement local (nature du sol, ensoleillement, humidité etc).

Rien de tel pour avoir un cocktail explosif de propriétés médicinales !

6 – Trop gourmand (e) tu ne seras pas

Avant de partir à la chasse au Coquelicot (ou tout autre plante que tu souhaites intégrer dans ton herboristerie maison), assure-toi de faire le point sur tes besoins réels.

Combien de plantes dois-tu ramasser pour couvrir tes besoins du moment ou en cours d’année ? Quelle partie de la plante doit tu cueillir  ? En effet, pas besoin de ramasser 10 kilos si ce n’est que pour en utiliser 500 g ! Ou de cueillir la plante entière (racine inclue) alors que seule la fleur aurait suffit.

N’oublie pas en revanche que le poids de la plante fraîche pèse environ 10 fois plus que le poids de la plante sèche. A toi de savoir ramasser avec parcimonie, en te limitant uniquement à ce dont tu ce que tu vas vraiment utiliser.

Il vaut mieux cueillir en petite quantité au départ, et à bien apprendre à utiliser et doser la plante de façon efficace, que de cueillir beaucoup, de mal sécher la récolte et de tout jeter…

7 – A la bonne période tu récolteras

Les plantes ont toutes un cycle de vie différent. Ainsi, toutes les plantes ou parties de plantes ne se récoltent pas à la même saison.

Il ne te viendrait pas à l’idée par exemple d’aller ramasser du raisin au mois de mai, ni de cueillir des fraises en octobre ! Et bien pour les plantes médicinales, c’est exactement la même chose.

Selon ce que tu souhaites cueillir, il te faudra donc choisir de partir en balade à la bonne saison ! Si tu ne sais pas à quelle saison cueillir telle ou telle plante, tu peux bien évidemment t’aider de mon Calendrier des récoltes, juste ici.

8 –Cueillir les plantes protégées tu t’abstiendras

Avant de cueillir une plante, renseigne-toi pour savoir si celle-ci est protégée ou non.

La plante peut être protégée au niveau national (interdite de cueillette sur tout le territoire), régional (interdite de ramassage en PACA mais pas en Auvergne-Rhône-Alpes), départemental ou communal. Tu peux trouver facilement ces informations sur le site de l’INPN, ou de https://www.tela-botanica.org en tapant dans la barre de recherche le nom de la plante (en latin) et en cliquant sur l’onglet « statut » à gauche de la fiche de description.

Tu y trouveras son statut règlementaire (arrêtés, articles de loi…) associé aux interdictions, ainsi que son statut de conservation (favorable, défavorable).

Veille toujours à connaître le statut règlementaire de la plante, d’une part pour éviter de te prendre une amende, et d’autre part, pour éviter de décimer les dernières stations d’une plante rare…

9 – Avec respect tu cueilleras

Tu as trouvé LE spot de tes rêves et un magnifique champ de Mauve te tends les bras ? Alors tu peux commencer ta récolte.

Avec délicatesse, cueille la partie qui t’intéresse avec un couteau bien affuté. Surtout pas d’arrachage sauvage ! Il faut être précis et attentif, de manière à ce que la blessure réalisée sur la plante cicatrise et ne soit pas vecteur de champignons.

Dépose délicatement ta récolte dans ton panier, ton sac en tissu ou en papier en veillant à bien séparer les différentes plantes entre elles (pour pouvoir les séparer plus facilement, et ne pas te tromper lors du séchage et stockage).

Une fois la récolte terminée, ne la range pas dans ton sac à dos et évite de la placer là où elle pourrait être écrasée par quelqu’un, ou quelque chose.

10 – Ta récolte tu stockeras

A ton retour, prépare tes remèdes de plantes fraîches dans la foulée, ou mets directement à sécher les plantes que tu souhaites conserver dans la durée.

Inutile de te dire que si tu les empile dans un coin sans t’en occuper, celles-ci finiront par pourrir et seront inutilisables !

Pour sécher tes plantes, veille à choisir les plantes saines et non flétries. Retire les feuilles mortes, les brindilles, la mousse.

Puis, fait des petits bouquets de plantes, puis accroche les tête en bas dans un endroit chaud, sec, abrité de la lumière et bien aéré.

 

Tu peux aussi couper les parties de la plante que tu souhaites conserver, puis de les disposer à plat en une seule couche sur des claies ou des cagettes en bois empilées, toujours en séparant les différentes plantes et parties de plantes entre elles.

Une fois tes plantes sèches, stocke les dans un bocal en verre teinté avec un bouchon en liège, ou bien dans des sachets de papiers kraft. Étiquète tes pots et tes sachets avec le nom de la plante, le lieu et la date de récolte.

Retient également que les plantes à tisane ne se conservent pas plus d’un an.

Alors ça y est, la cueillette n’a plus aucun secret pour toi ?

Dans ce cas…

A vos serpes !

Prêts ?

Partez !