Utiliser les huiles essentielles
Les huiles essentielles est-ce vraiment écolo ?

Les huiles essentielles est-ce vraiment écolo ?

 

« Les huiles essentielles ? Bien sûr que j’en utilise, je surkiffe ! Je m’en sers pour tout : mes cosmétiques maisons, mes produits ménagers, dans mon diffuseur pour me détendre, dans mon bain, ma crème de jour, mon déodorant solide… C’est naturel, écolo, zéro déchet, sain, bref, pourquoi s’en priver ? »

Si tu utilises régulièrement les huiles essentielles dans ton quotidien, c’est que tu dois être sensible au fait qu’utiliser des produits naturels, c’est bon pour ta santé. Mais est-ce pour autant écologique et bon pour la planète ?

Dans cet article, je vais t’expliquer   :

  • Pourquoi les huiles essentielles sont extrêmement gourmandes en ressources naturelles pour leur fabrication ;
  • Pourquoi les conditions de culture et de récolte ne sont pas toujours hyper clean ;
  • Pourquoi notre utilisation excessive dans les produits maison n’est ni bonne pour notre santé, ni pour la planète ;
  • Comment choisir une huile essentielle de qualité et éco-responsable qui respecte aussi bien le producteur que l’environnement ;
  • Quels sont les bons gestes à adopter et pour quel usage réserver les huiles essentielles.

 

 Ce jour où j’ai arrêté de mettre des huiles essentielles dans mes produits maison

Si tu utilises des huiles essentielles régulièrement pour ton bien-être, ta santé et tes produits maison, tu dois sûrement penser comme beaucoup que leur usage s’accorde parfaitement avec ta démarche vers une vie plus saine, naturelle et écologique (forcément, c’est toujours mieux que tous ces parfums chimiques et ces médicaments de synthèse…).

Et ben c’est raté… Sache que l’industrie des plantes aromatiques et médicinales n’est pas aussi verte que tu l’imagines…

Bon, je te rassure, moi la première, je me suis longtemps bercée d’illusion. Ancienne Aroma-zone addict, à fond dans le zéro déchet et les produits « home-made », je suis toujours prête à tester de nouvelles tambouilles. Jusque-là, je ne m’étais pas beaucoup posée de questions, aveuglée par ma passion, mon envie de tester les dernières nouveautés et mes convictions « green » indétrônables…

Jusqu’au jour où j’ai décidé de me lancer dans la savonnerie à froid et la confection de bougies végétales. J’ai alors vu mes flacons d’huile essentielle chèrement acquis se vider à la vitesse de la lumière, juste pour « parfumer » mes créations…

A titre d’exemple pour parfumer un savon à froid de 100 g, il faut compter 2 à 3 % d’huile essentielle, soit 3 grammes (120 gouttes) et pour parfumer une bougie végétale de 90 g il faut 10 % d’huile essentielle, soit 9 grammes… .

Je te laisse faire le calcul : 360 gouttes pour une seule bougie !!!!! Alors que seulement 5 gouttes dans mon diffuseur à membrane suffisent d’ordinaire à parfumer ma maison… C’est là que je me suis aperçue de l’incohérence entre le coût de la production de la ressource (écologique, humain, financier) et le coût d’utilisation.

Et ce ne sont pas les nombreuses recettes de cosméto maison qui circulent sur le net qui vont résoudre le problème. Car ne te leurres pas, la stratégie marketing est suffisamment bien ficelée pour te faire acheter le plus de produits différents possibles et t’inciter à renouveler régulièrement ton stock de matières premières…

J’ai alors eu envie d’aller voir ce qui se passe réellement de l’autre côté du miroir et de te le partager.

Les huiles essentielles : Un bilan écologique et humain mitigé

A l’heure où le mouvement du naturel, du bio, de la cosmétique maison et du zéro déchet est en plein essor, la demande de plus en plus croissante en huile essentielle a fait exploser le marché des plantes aromatiques et médicinales (PPAM) en France et en Europe ces dix dernières années.

Encensée par les nombreuses marques surfant sur la vague tout autant que par les influenceuses green et écolo, il ne va pas sans dire que l’aromathérapie a le vent en poupe. Mais qu’en est-il vraiment ?

Un produit précieux, gourmand en matières premières

Pour rappel, les huiles essentielles sont des extraits végétaux issus de la distillation ou de l’extraction mécanique des composés aromatiques présents dans une plante.

Elles peuvent être extraites soit de la fleur, de la feuille, de l’écorce, de la graine ou encore de la racine selon la plante productrice utilisée.

Lors de ce procédé, seules les molécules les plus volatiles entraînées par la vapeur d’eau sont récoltées, les molécules les plus lourdes, comme les tanins, les vitamines, les sucres et les hydrocarbures restant quant-à elles au fond de l’alambic.

Le rendement d’une huile essentielle est variable selon les espèces, mais nécessite globalement une très grande quantité de matière première végétale.

Par exemple, pour obtenir 1 kg d’huile essentielle, il faudra :

  • 7 kg de boutons floraux pour le Clou de girofle ;
  • 40 kg de feuilles pour l’Eucalyptus radié ;
  • 150 kg de sommités fleuries pour la Lavande vraie ;
  • 1500 fruits pour le Citron (extraction mécanique à froid) ;
  • 2000 fruits pour l’essence d’Orange douce (extraction mécanique à froid) ;
  • 1000 kg de fleurs pour l’ Hélichryse italienne ;
  • 4000 kg de pétales pour la Rose de Damas (soit un champ entier).

L’évolution du prix d’une huile essentielle va ainsi dépendre du mode de culture de la plante (bio ou conventionnelle), du lieu et des conditions de ramassage (salaire, conditions de travail des cueilleurs) et de son rendement (la teneur en substances aromatiques de la plante pouvant varier selon les conditions météorologiques de l’année de récolte).

Voilà pourquoi la production d’une huile essentielle de qualité coûte cher, que ce soit en ressources naturelles autant qu’en travail humain. C’est une ressource rare et précieuse qu’il convient donc d’utiliser avec parcimonie.

Exit donc l’essence de citron dans la lessive maison, l’huile essentielle de pin dans les pastilles WC et l’huile essentielle de lavande dans les bougies « home-made » ! C’est bien compris les filles ????

Une production mondialisée

Chaque année, plus de 110 000 tonnes d’huiles d’essentielles sont ainsi produites dans le monde à destination de la parfumerie, de la cosmétique, de l’alimentaire et de la santé. En France, ce sont plus de 8 millions de flacons qui sont vendus par an.

Question production, le Brésil arrive en tête des volumes mondiaux avec son huile essentielle d’Orange, suivi de près par l’Inde avec la Menthe des Champs et de la Chine avec l’Eucalyptus. Viennent ensuite l’Indonésie (Vétiver, Patchouli, Clou de Girofle), Haïti (Vétiver), les Comores et Madagascar (Ylang ylang), puis la Bulgarie et la Turquie avec leur célèbre huile essentielle de Rose.

En Europe, le marché des huiles essentielles s’accroît de 3 % par an, ce qui s’avère prometteur pour le secteur. La production reste cependant insuffisante pour satisfaire la demande des consommateurs, nécessitant une importation massive en provenance des grands pays producteurs. De plus, la recherche d’une rentabilité toujours plus grande avec des prix toujours plus bas favorise la migration de la production des matières premières françaises et européennes vers des pays en voie de développement comme la Bulgarie, la Russie ou encore la Chine.

Les conséquences ? Une production agricole intensive visant le rendement, une exploitation exponentielle des ressources naturelles et des conditions humaines de travail non maîtrisées et à bas coût…

Un modèle agricole intensif basé sur la monoculture

Non, la production des huiles essentielles ne se résume pas à cueillir à la main de belles fleurs dans un champ magnifique de plantes sauvages. Bien sûr, la récolte manuelle traditionnelle existe encore (ouf !), surtout en bio. Mais de manière générale, le décor est moins glorieux que ce que tu peux imaginer.

Comme dans tous les domaines agricoles, la culture des PPAM (Plantes à Parfum, Aromatiques et Médicinales) n’a pas échappé au modèle de production conventionnel.

La monoculture, nous le savons, est un désastre pour la planète : pillage et appauvrissement des sols, fragmentation des corridors écologiques, perte de biodiversité, usage massif de pesticides…

La culture intensive du lavandin (comme toute autre production conventionnelle) n’échappe pas à cette règle. Afin d’éviter toute compétition végétale, les champs sont aspergés d’un herbicide, le 2,6-Dichlorobenzamide (ou BAM) qui finit par se retrouver dans les eaux souterraines… En revanche, l’utilisation d’insecticides en France dans les parcelles reste proscrite afin d’éviter la destruction des abeilles, préservant ainsi la production de miel et la filière apicole locale.

Ce n’est pourtant pas le cas de tous les pays. Au Maroc par exemple, 13 insecticides et 11 fongicides différents sont employés sur les cultures de Menthe poivrée pour les protéger des ravageurs. Certains pesticides résiduels légers sont ainsi entraînés par la vapeur d’eau au cours de la distillation, se retrouvant inexorablement…. Dans nos flacons…

Comment utiliser les huiles essentielles de manière respectueuse et écologique ?

Privilégie l’achat local et les petits producteurs en bio

Si tu veux te fournir en huiles essentielles bio de bonne qualité, il existe plusieurs possibilités : privilégier les laboratoires spécialisés en aromathérapie, les distilleries artisanales ou les petits producteurs locaux. En France, il en existe plusieurs que j’ai commencé à te lister.

A lire aussi : Où acheter des plantes et des huiles essentielles bio de qualité ? L’annuaire des petits producteurs

En premier lieu, choisis toujours (lorsque c’est possible) une huile essentielle de culture biologique d’origine française ou européenne (c’est facile, il suffit de bien appendre à lire l’étiquette !). Ton achat favorisera ainsi le maintien d’une agriculture paysanne durable et locale, respectueuse de l’environnement et de l’humain.

Liste des huiles essentielles produites en France métropolitaine et en Outre-mer

Huile essentielle Provenance française
Lavande fine Provence
Lavandin Provence
Cyprés de Provence Provence
Menthe poivrée Métropole
Sauge sclarée Provence
Romarin Provence
Myrte Corse
Fenouil amer Métropole
Hysope Provence
Romarin à verbénone Corse
Mélisse Métropole
Cade Provence
Persil Métropole
Origan vert Provence
Eucalyptus à cryptone Métropole et Corse
Clémentine Corse
Hélichryse italienne Corse
Pomélo de Corse Corse
Genévrier commun Provence
Pin Laricio Corse
Camomille romaine Métropole
Petit grain clémentinier Corse
Sarriette des montagnes Provence
Cryptomeria La Réunion
Géranium bourbon La Réunion
Vétiver bourbon La Réunion
Ylang ylang Mayotte

 

En ce qui concerne les huiles essentielles plus « exotique », achète-les toujours en bio à défaut de connaître les conditions de travail des producteurs (malheureusement difficiles à connaître lorsque le produit vient d’aussi loin).

Évite également les huiles essentielles issues de plantes sauvages, en particulier dans les pays d’Europe de l’Est dont les milieux naturels sont actuellement pillés par la cueillette intensive des plantes médicinales, fragilisant ainsi la flore locale.

Réserve les huiles essentielles à un usage thérapeutique

Les huiles essentielles sont composées d’un cocktail explosif de molécules chimiques aux propriétés très puissantes. C’est bien simple, il suffit d’en utiliser seulement 2 à 3 gouttes par prise pour venir à bout d’un vilain rhume en quelques jours.

Quitte à les utiliser et à faire pleurer ton porte-monnaie les choisir de bonne qualité, autant qu’elles te servent pour ce qu’elles savent faire de mieux : te soigner !

Évite donc de les utiliser à tout-va pour tes savons ou tes produits ménagers (surtout si c’est pour que ça parte aux WC, au fond de ta douche ou de ta machine à laver, ce serait dommage…). Garde toujours à l’esprit que les huiles essentielles sont précieuses, et utilise-les seulement en cas de réelle nécessité.

Parfume tes produits maison autrement

À ce stade, il est possible que tu te sentes perplexe… Es-tu condamné(e) à vivre avec des produits fait-maison sans odeur ?

Que nenni te dirais-je ! Il existe d’autres alternatives naturelles pour flatter ton nez délicat et conserver un peu de plaisir.

Alternative #1 : Ne pas parfumer tes produits

Bon, c’est la base, certes… Et finalement, pourquoi pas ?

Pourquoi vouloir à tout prix masquer l’odeur si typique du vrai savon de Marseille, du savon noir à l’huile d’olive et du vinaigre blanc ? Et après tout, est-ce absolument indispensable que ta lessive sente la lavande ou l’eucalyptus ?

Nous vivons depuis moins de cinquante ans dans un monde saturé d’odeurs en tous genre,poussés par les industriels qui nous font croire que nos produits sont efficaces parce que “ça sent le propre” (si tu veux en savoir plus sur le marketing olfactif, renseigne toi c’est très intéressant). Lessives, savons, pastilles wc, gels douches, shampooings, crèmes de soin, déodorants, sprays anti odeurs, produits lave sol, parfums d’ambiances, adoucissants, soins pour bébés… C’est bien simple, les odeurs on ne sait plus s’en passer car on nous appris à vivre dans ce monde là.

Comment faisaient nos ancêtre il y a cent ans ??

Et s’il s’agissait d’accepter de désapprendre à vivre en permanence dans un monde saturé d’odeurs ? D’admettre que ton linge peut être tout aussi propre, même s’il ne sent pas la fleur de jasmin ou les embruns de l’océan ? D’apprendre à redécouvrir le vrai parfum des choses ?

En plus de s’accorder parfaitement à une démarche plus slow, minimaliste et zéro déchet, ce geste tout simple sera favorable à la planète tout autant qu’à ton porte-monnaie ! (et à la longue, ton nez t’en dira merci).

Alternative #2 : Utiliser des hydrolats ou des infusions de plantes

Moins concentrés en molécules actives que les huiles essentielles, les hydrolats présentent en revanche les mêmes propriétés médicinales. Elles seront donc parfaites pour remplacer l’eau de source dans tes lotions et tes crèmes maisons. Délicatement parfumées, elles agiront tout en douceur sur ta peau et s’adapteront très bien à un usage quotidien.

Si tu ne possèdes pas d’hydrolats, tu peux facilement les remplacer par une simple infusion de plantes à inclure dans ta recette (attention cependant à la stérilité de ton produit !).

Alternative #3 : Utiliser des fragrances naturelles, des extraits aromatiques ou des absolus de plantes

Si tu souhaites malgré tout (et parce que franchement tu ne peux décidément pas t’en passer) parfumer tes créations maisons d’une odeur agréable plus prononcée, sache qu’il te reste toujours la possibilité d’utiliser des fragrances naturelles ou des extraits de plantes (ouf, te voilà sauvée !). Mieux adaptées à un usage cosmétique, ces fragrances sont exemptes de toxicité et sont plus souples à l’usage que les huiles essentielles, qui peuvent s’avérer toxiques en cas de surdosage.

Bien sûr, si tu souhaites vraiment profiter ponctuellement des propriétés cosmétiques d’une huile essentielle pour un problème particulier (acné, couperose, vergeture, cicatrice), rien ne t’empêche d’en ajouter une goutte à ta crème de jour dans le creux de ta main juste avant de l’appliquer.

Dans tous les cas, veille toujours à bien t’informer des contre-indications et des modes d’administration avant d’en utiliser.

 

Et toi, utilises-tu régulièrement les huiles essentielles dans ton quotidien ? Si oui pour quel usage ?

Partage ton expérience en commentaire !

 

Références : 

Marie-Paule Nougaret . 2003. Les plantes médicinales sont en danger
Plantes médicinales : au secours des espèces en danger
CIHEF : Bilan de la production mondiale d'huiles essentielles
BRGM :Projet COMETE : lavande et qualité de l’eau - caractérisation spatio-temporelle des impacts sur les eaux des pollutions agricoles
T. Eddaya et al. 2014. Utilisation et risques des pesticides en protection sanitaire de la menthe verte dans le Centre-Sud du Maroc
WWF : Europe’s medicinal and aromatic plants, their use, trade and conservation, Dagmar Lange, Traffic & WWF

 

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